L’avis du mois d’Avril – « Chloroquine, Quesaco? » – Dr Poutet

Qui aujourd’hui n’a pas encore entendu parler de la chloroquine et du Professeur Raoult ? Cette molécule, vieille comme le monde (j’exagère un rien), connue de tous les grands voyageurs du monde, des patients ayant un lupus ou une polyarthrite rhumatoïde… fait un comeback fracassant dans les médias et les réseaux sociaux !

Polémique dites-vous ?

D’un côté vous avez le Professeur RAOULT, infectiologue et professeur de microbiologie à l’IHU Méditerranée ainsi que son équipe, de l’autre ses détracteurs et ceux-ci sont nombreux.

Ce spécialiste de renommée mondiale, des maladies infectieuses tropicales émergentes, assure que le traitement par hydroxychloroquine + Azithromycine ferait disparaitre la charge virale chez des patients positifs au Covid-19, et ce en quelques jours de traitement. Il diminue le risque de dégradation de l’état général du patient, à condition que ce traitement soit instauré suffisamment tôt, dès l’apparition des premiers symptômes.

La polémique vient du fait que les « études »  du Professeur Raoult ( 1re étude réalisée sur 24 patients, la dernière sur 80  ( 27/03/2020)  présente un certain nombre de biais :

Il existe également la lettre ouverte du Dr Zev Zelenko qui exerce dans l’état de New York. Celui-ci prétend qu’après avoir traité 500 patients à base d’hydroxychloroquine + Azithromycine + sulfate de zinc (le zinc ralentissant la réplication virale dans la cellule et l’hydroxychloroquine l’aide à la pénétrer), il n’aurait à ce jour aucun mort, aucune hospitalisation, aucune intubation et que seuls 10% des patients présenteraient des effets secondaires transitoires (nausées, diarrhées). Ce traitement nécessite un suivi médical et ne peut en aucun cas être pris en automédication, plus d’informations ici.

Le généticien Axel Khan estime que les résultats du Professeur Raoult sont semblables à des données connues reprenant 600.000 cas qui ont évolué de la même manière, et ce, sans traitement !

D’autres s’appuient sur l’existence de 2 études chinoises qui montrent que 10 jours après le début de la symptomatologie chez des patients à forme modérée de la maladie, 90 % ont une charge virale contrôlée, ce qui semblerait ne pas montrer un effet majeur de l’hydroxychloroquine sur la charge virale.

Il est clair que de tout temps en médecine, comme ailleurs, de telles « controverses » ont lieu ! Celles-ci permettent à la médecine d’avancer et dans ce climat d’urgence, le débat permettra de trouver plus vite une solution pour les patients.

Il me semble primordial que l’accès à l’hydroxychloroquine et l’azithromycine reste réservé aux médecins de première ligne (comme c’est le cas aujourd’hui dans la plupart de nos hôpitaux).

Une vaste recherche européenne (Discovery, cohorte de 3200 patients) est en cours depuis le 22 mars. Cet essai clinique prévoit 5 modes de traitement donnés aux patients par tirage au sort, parmi lesquels l’hydroxychloroquine. Espérons que les résultats de cet essai nous arriveront au plus vite.

En attendant, ne jouons pas à l’apprenti sorcier avec nos réserves de Plaquenil.  L’hydroxychloroquine semble prometteuse, mais laissons les spécialistes œuvrer avec tous les moyens nécessaires pour lutter contre ce terrible fléau.

Prenez soin de vous et de vos proches. Restez confinés.

 

* :  une étude en double aveugle est une façon de vérifier l’efficacité d’un traitement ou d’une substance, dans laquelle un ou plusieurs groupe(s) de sujets bien établis reçoivent le traitement à titre expérimental, sans que ces sujets ou que les investigateurs eux-mêmes n’aient connaissance du traitement reçu, pour supprimer tout jugement a priori.

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